1) Nette amélioration de la qualité de l’ePub

Le premier point à mettre à l’actif d’Adobe tient aux améliorations significatives apportées à la qualité de l’ePub. Sans même cocher l’une des nombreuses nouvelles options implémentées dans le panneau “Options d’exportation EPUB”, désormais accessible directement via Fichier > Exporter, plusieurs points importants ont été améliorés :

a) Les styles de caractère

Jusqu’à présent, plusieurs enrichissements de caractère se “perdaient” ou étaient mal restitués lors de l’exportation (du moins est-ce le résultat que j’avais bien souvent à l’écran). Aujourd’hui, le rendu de l’ePub est de bien meilleure qualité, et les exposants et les indices se retrouvent sans problème dans l’ePub (on aurait aimé un corps plus petit par défaut, sans qu’il soit besoin de l’indiquer explicitement dans le style de caractère). Les petites capitales sont correctement visibles dans l’iBooks de l’iPad, Sigil ou Calibre sur ordinateur, mais posent toujours problème sous ADE (et les e-readers employant le même moteur de rendu, comme Bluefire Reader ou ePagine sur iPad).
Sous ADE :
Sous Sigil :

b) Les tableaux

J’ai récemment écris sur les difficultés (voire l’impossibilité) d’obtenir directement un tableau à partir d’InDesign. Ma remarque ne vaut déjà plus sous InDesign CS5.5. Les attributs principaux (contour, couleur de fond, motifs en alternance, etc.) sont présents dans l’ePub (du moins si l’on met à part une nouvelle fois ADE et e-readers équivalents, qui ne restituent pas les contours de cellules, ni les motifs en alternance).
Un tableau sous ADE :
Le même sous Sigil (ou iBooks) :
Par défaut, même en l’absence de tout tableau, la page XHTML exportée comporte les balises suivantes :

tbody, thead, tfoot, tr, td, th {

border-style : inherit;

border-width : inherit;

border-color : inherit;

}

que l’on pourrait comparer aux styles de cellule ci-dessous présents dans la palette “Style de tableau” :

c) Corrections de bugs

Sous InDesign CS5 et antérieur, quelques bugs posaient de sérieux problèmes, aujourd’hui réglés :
  • la date, qui compte parmi les métadonnées obligatoires, n’était pas exportée. Désormais, elle figure bien dans le fichier .opf sous la forme année-mois-jour, mais comme date de création de l’ePub et non de publication ;
  • les références croisées : à l’intérieur d’un livre, les références croisées ne fonctionnaient pas vers un document situé en amont, le lien étant rompu. L’utilisation de la CS4 permettait de pallier ce bug, et sous la CS5 un script, de feu Teus de Jong, solutionnait cette anomalie. Il n’y a plus lieu de s’inquiéter de ce problème sous InDesign CS5.5.

2) Correspondance entre styles et balises HTML
Un des grands principes d’une mise en page web, dont s’inspire celle de l’ePub, c’est la distinction entre les éléments structurants (balises HTML) et ceux de mise en forme (CSS). À titre d’exemple et pour faire (très) simple, un titre principal aura une balise HTML <h1>, un titre de niveau inférieur, la balise <h2> (et ainsi de suite jusqu’à <h6>). Un paragraphe de texte se verra attribuer de préférence une balise de type <p>, une liste à puce, une balise <li>, etc.
Désormais, grâce à l’option “Exportation de balisage”, il est possible d’attribuer à un style de paragraphe une balise HTML.
Même si, sous CS5, InDesign n’exportait pas de balises superflues, grâce à cette possibilité le contrôle de la structure du document s’en trouve largement facilité. Pour une même balise, on peut aussi attribuer différentes “classes” (une classe étant un style que l’on affecte à une balise. Par exemple, pour une balise <p> on pourra lui attribuer le nom de classe “avec” pour indiquer un paragraphe avec un alinéa ; “sans” pour un paragraphe de texte sans alinéa, etc.).
Néanmoins, un énorme bug affecte l’ePub sous Adobe Digital Editions. L’intérêt de baliser le texte est de retrouver dans l’ePub la structure du document, en d’autres termes une table des matières dynamique. C’est la raison d’être de ces balises. Or, sous ADE, cette fonction intrinsèque se perd. Et l’on obtient l’ePub ci-dessous : 
Pour une raison que je n’explique pas, l’ouverture puis l’enregistrement de l’ePub sous Sigil, permet ensuite d’obtenir le résultat escompté, même sous ADE :
Générer une table des matière serait-il de facto obsolète ? A creuser.
Le même principe de balisage vaut pour les styles de caractère, avec les deux principaux: <em> pour l’italique et <strong> pour le gras.
Pour ces deux balises, aucun problème de rendu dans les liseuses, mais pourquoi sont-elles (comme d’ailleurs celles des exposant et indice) accolées à une classe éponyme ?

3) La couverture

Comme a pu l’écrire Elizabeth Castro dans son ouvrage Créez des documents ePub (ici dans sa traduction française), InDesign était incapable de générer automatiquement, à partir d’un document de couverture, la couverture de l’ePub, entendue comme élément constitutif du livre électronique. Et d’expliquer sur plusieurs pages la démarche à suivre pour la créer. Cette époque est révolue avec InDesign CS5.5.
Grande nouveauté, la couverture peut être créée lors de la phase d’exportation de l’ePub. L’onglet “Général” de la palette “Options d’exportation EPUB” contient une section “Couverture de l’eBook” :
Si vous avez placé une image sur la première page d’un document, et choisissez “Pixelliser la première page”, l’image la recouvrant devient la couverture du livre numérique. Ladite image apparaît bien en tant qu’icône dans les bibliothèques des différents e-readers, plus ou moins bien correctement (dans ADE, une partie de l’image seulement est visible et elle ne se redimensionne pas en fonction de la taille de la fenêtre, à la différence, par exemple, de Calibre).
Ceci étant dit, dans le cas d’un document InDesign unique, la page tenant lieu de couverture n’est pas exportée comme un fichier XHTML distinct. Pour ce faire, parmi les nombreuses nouvelles options d’exportation EPUB, onglet “Table des matières”, il faut cocher l’option “Diviser le document en fonction du style de paragraphe” en choisissant le style adéquat.
Il ne faut pas non plus oublier de cocher “Conserver l’aspect de la mise en page” au cas où l’image de couverture serait redimensionnée directement dans InDesign.
  

4) Le panneau Article 

L’un des règles fondamentales pour la réussite d’un ePub est de tout chaîner (bloc textes entre eux et objet ancrés pour les illustrations) afin que la structure du document InDesign soit identique à celle de l’ePub. Néanmoins, s’il s’agit d’exporter un document InDesign déjà mis en page dans un flot discontinu, la seule façon de restructurer l’ePub était de passer par la structure XML. Stéphane Baril a d’ailleurs développé un panneau “Accessibility“ pour faciliter le processus sous la CS5.
Aujourd’hui, grâce au panneau Articles (Fenêtre > Articles), c’est un jeu d’enfant. Il suffit de sélectionner un élément (bloc texte ou image) du document et de le glisser dans le panneau Articles.
Lors de l’exportation, dans l’onglet “Général”, rubrique “Ordre”, cochez l’option “Identique au panneau Articles” pour que l’ordre de l’ePub respecte celui du document InDesign.
Avec cette nouvelle option, la correspondance entre balises HTML et styles de paragraphes faite en amont prend tout son sens. L’étape de correspondance styles de paragraphe et balises requise dans la structure XML est déjà faite.

5) Les images

Nous en avons déjà un peu parlé avec la couverture. L’onglet “Image” du panneau “options d’exportation EPUB” a été profondément revu.
Avant d’aborder les nouveautés, rappelons que l’option “Conserver l’aspect de la mise en page”, permet de préserver, en les adaptant si besoin, les modifications apportées aux images directement dans le document InDesign (par exemple la taille d’images redimensionnées dans le logiciel, les options d’objet ancré dans lesquels elles s’insèrent, etc.). Cette option s’applique indifféremment à l’ensemble des images du document.
Les options de “Conversion des images” restent inchangées, si ce n’est l’apparition du format PNG parmi les options de conversion des images.
Les manipulations offertes par la nouveauté “Alignement et espacement des images” associée à l’option “Les paramètres s’appliquent aux objets ancrés” méritent qu’on s’y attarde en distinguant plusieurs cas de figure qui prennent en compte 1) présence et/ou absence d’un style de paragraphe sur lequel est “ancrée” l’image ; 2) présence et/ou absence d’un style d’objet dans lequel est insérée l’image. Toutes les images étant ancrées.
  1. si vous ne cochez pas “Les paramètres s’appliquent aux objets ancrés”, les options prises (par exemple image centrée avec 25 pixels avant et après) ne s’appliquent à aucune image. En d’autres termes, ce sont les attributs des styles de paragraphe du document InDesign qui déterminent l’alignement et les espacements des images dans l’ePub.
  2. si vous cochez “Les paramètres s’appliquent aux objets ancrés”, lesdites options s’appliquent, mais uniquement aux images qui s’insèrent dans un objet ancré dont la position est “personnalisée”. Pour les autres, le style de paragraphe détermine alignement et espacement.
Les manipulations peuvent aller encore plus loin si vous avez au préalable assigné à un objet des paramètres d’exportation d’objet (Objet > Options d’exportation d’objet…)
 
Dans ce cas, en ne cochant pas “Ignorer les paramètres d’exportation d’objet”, de la rubrique “Image”, lesdits paramètres sont prioritaires sur tous les autres pour l’objet concerné.

6) Table des matières
Pas de changements significatifs concernant la table des matières, si ce n’est la présence d’une rubrique à part entière du même nom dans le panneau des “Options d’exportation EPUB” et de nouveaux intitulés des options offertes.
Pour être sûr de voir la table des matières dynamique figurer dans les e-readers, il est toujours conseillé de créer un style de table des matières et de l’utiliser à l’exportation de l’ePub.
“Diviser le document en fonction du style de paragraphe” reprend l’option “Utiliser les entrées de premier niveau comme sauts de chapitre” d’InDesign CS5, et permet de scinder l’ePub en plusieurs fichiers, chaque fichier débutant par une entrée de table des matières de premier niveau.

7) Les notes de bas de page

Parmi les nouvelles options de la “Table des matières” (cf. capture ci-dessus), en figure une relative aux notes de bas de page qui, au lieu d’être renvoyées par défaut à la fin du fichier XHTML, peuvent prendre place juste en dessous du paragraphe contenant l’appel de notes correspondant. Ça fonctionne effectivement dans toutes les lisseuses, mais je reste dubitatif quant à l’utilité de cette option pour un ePub contenant un nombre de notes conséquent.

8) Les marges

Inutile sous InDesign d’indiquer des valeurs aux marges d’un document, sauf pour une aisance personnelle. Néanmoins, il existe désormais une option de mise en forme concernant spécifiquement les marges que l’on spécifie à l’exportation (rubrique Général).
 
Sous ADE, cette option est particulièrement utile pour éviter au texte d’être en partie rogné en haut de page. Dans les autres e-readers, cette option semble moins pertinente puisque les marges peuvent être personnalisées (Bluefire) ou sont réglées par défaut (iBooks).
Par défaut, le fichier XHTML renferme une balise relative aux quatre marges fixées sur 0,5 ems (valeur relative).

Conclusion

À mes yeux, les améliorations apportées à l’ePub dans InDesign CS5.5 (la meilleure qualité du rendu de l’ePub, toutes les options relatives à la structure [balisage des styles de paragraphe et de caractère, panneau Article], la facilité avec laquelle la couverture est générée, toutes les subtilités dans la mise en forme des images en fonction des paramètres pris dans le document InDesign) sont aussi importantes que les notes de bas de page l’ont été à l’époque dans la version… dont j’ai oublié le numéro ! (Je n’ai jamais fait un livre sans plusieurs centaines de notes de bas de page ; c’est dire.).
J’ai pourtant un regret : qu’Adobe Digital Editions ne soit pas à la hauteur des améliorations apportées. À quand une mise à jour d’ADE ?